Père LacordaireJean-Baptiste-Henri Lacordaire ( 1802 - 1861 ) est un religieux, prédicateur, journaliste et homme politique français. Restaurateur en France de l'Ordre des précheurs ( dominicains ), il est considéré aujourd'hui comme l'un des précurseur du catholicisme moderne.
1802 Naissance le 12 mai à Recey sur Ource (Côte d'Or), en Bourgogne. Sa famille est originaire de Bussières-les-Belmont (Côte d'Or), où son père meurt le 4 août 1806, jour de la St Dominique.
1812 Elève au lycée de Dijon 1819 Etudiant à l'Ecole de Droit de Dijon 1822 Avocat stagiaire au barreau de Paris 1824 Retrouve la foi catholique perdue durant son adolescence et entre au séminaire d'Issy 1827 Ordination le 22 septembre 1830 Fondation avec LAMENNAIS et MONTALEMBERT du journal L'Avenir dont la devise est Dieu et la liberté 1831 Ouverture à Paris de la première école libre 1832 Le Pape condamne les doctrines de L'Avenir. Soumission de Lacordaire et rupture avec Lamennais 1834 Conférences au collège Stanislas 1835 Première conférence à Notre Dame de Paris 1836-1839 Départ pour Rome et entrée dans l'Ordre des Frères Prêcheurs le 9 avril 1839 1841-1849 Restauration en France de l'Ordre des Frères Prêcheurs 1843-1851 Deuxième série des conférences à Notre Dame 1848 Fondation du journal L'Ere nouvelle. Député de Marseille 1852 Fondation des collèges dominicains 1854 Entrée à Sorèze en août (où il vit jusqu'à sa mort) comme directeur 1861 Réception à l'Académie Française le 24 janvier 1861 mort le 21 Novembre Les éducateurs..." II faut donc, si nous sommes de véritables maîtres, que nous aimions nos élèves, c'est-à-dire que nous portions à leur avancement dans le bien et dans les lettres un intérêt sérieux, profond, persévérant ; que ce progrès de leur intelligence et de leur vertu soit l'occupation de nos jours et le songe de nos nuits ; que nous jouissions de leurs succès ; que nous soyons affligés de leurs échecs, surtout de leurs fautes, et que notre consolation tout entière gise en eux comme s'ils étaient le fruit de nos entrailles, l'orgueil de notre vie, la récompense de nos travaux, nos enfants, enfin l'espoir et la continuation de nous-mêmes. " " II ne nous est donc pas difficile d'aimer nos élèves. II nous suffit de croire à leur âme, au Dieu qui les a faites et qui les a sauvées, à leur origine et à leur fin. Plus dignes encore d'intérêt, parce qu'elles sont plus jeunes, elles ont à nos yeux le charme invincible de la faiblesse et de la première beauté. Qui touchera le coeur d'un homme si l'âme d'un enfant ne le touche pas ? Qui l'attendrira jamais, si l'âme d'un adolescent aux prises avec le bien et le mal ne l'attendrit pas ? Ah ! nous n'avons pas de mérite à aimer :l'amour est à lui-même sa récompense, sa joie, sa fortune, et sa bénédiction. " L'éducation"Surveiller, c'est veiller sur quelqu'un. L'on ne veille que sur ce qu'on aime ; surveiller, c'est donc, avant tout, un acte d'affection ; voilà le vrai sens de la surveillance. La surveillance, c'est le contrôle exercé par l'amour, c'est la préservation procurée par la tendresse." Une école, c'est un lieu où la religion, les lettres, les sciences, les arts, c'est-à-dire le divin, le réel, le beau et l'aimable se partagent les heures d'un jeune homme et se disputent son coeur, afin de jeter en lui les éléments si difficiles et si complexes d'une vie d'homme..." Religioni, scientiis, artibus, armis " La justice..." C'est la justice qui, en récompensant le bien et en frappant le mal, est la sauvegarde de la société humaine, et, si corrompu que soit le monde, il conserve encore, tout autre autel détruit, l'autel nécessaire où la conscience publique a son image, son regard, son sceptre et son inexorable glaive. Nul, si grand qu'il soit, ne peut y échapper, et l'enfant qui n'en a pas fait de bonne heure l'apprentissage sous une forme appropriée à sa faiblesse, n'aura inévitablement ni la crainte du mal, ni la révélation de la vie. II faut sentir le poids de la justice pour apprendre à courber sa volonté sous la loi du devoir ; il faut goûter la joie de la récompense méritée pour apprendre à s'inspirer de l'honneur. Trop souvent, au foyer domestique, la justice est absente. Lenfant, bercé dans les caresses dont il n'est pas digne, grandit avec la pensée qu'il est toujours aimable, et que, quoi qu'il fasse, il sera toujours aimé. Un secret égoïsme se forme dans son coeur au contact d'un amour qui n'a point de règle ; ignorant la peine qui suit le devoir méconnu, se voyant imploré au lieu d'être repris, il contracte dans le mal une adoration de lui-même ; il oppose ses caprices tout-puissants à des supplications qui le dépravent, et il en vient à punir de ses fautes par des bouderies calculées ceux qui devraient lui en infliger le châtiment ". L'amitié" L'amitié est le plus parfait des sentiments de l'homme, parce qu'il est le plus libre, le plus pur et le plus profond. Son aliment est une convenance immatérielle entre deux âmes, une ressemblance mystérieuse entre l'invisible beauté de l'une et de l'autre, beauté que les sens peuvent apercevoir dans les révélations de la physionomie, mais que l'épanchement d'une confiance qui s'accroît par elle-même manifeste plus sûrement encore, jusqu'à ce qu'enfin la lumière se fasse sans ombres et sans limites et que l'amitié devienne la possession réciproque de deux pensées, de deux vouloirs, de deux vertus, de deux existences libres de se séparer toujours et ne se séparant jamais. L'âge ne saurait affaiblir un tel commerce, car l'âme n'a point d'âge. Supérieure au temps, elle habite le lieu éternel des esprits, et tout attachée qu'elle est au corps qu'elle anime, elle n'en connaît pas, si elle le veut, les défaillances et les souillures. Et même par un privilège admirable, le temps confirme l'amitié. A mesure que les événements passent sur la vie de deux amis, leur fidélité s'affermit par l'épreuve. Ils voient mieux l'unité de leurs sentiments au choc qui aurait pu la détruire ou l'ébranler. Comme deux rochers suspendus au bord des même vagues et leur opposant une résistance qui ne fléchit jamais, ainsi regardent-ils le flot des années attaquer en vain l'immuable correspondance de leur coeur. " La Foi et l'Espérance" Pour moi, je n'attends que de Jésus-Christ et de son Eglise le bien véritable des nations, c'est-à-dire l'esprit de la fraternité sincère et généreuse, l'élévation des pauvres dans leur dignité morale, l'honneur du travail, la sainteté des liens domestiques, la paix des peuples et la paix des âmes. " La politique" Le vrai catholique libéral est avant tout ami de la liberté civile, politique et religieuse ; il la veut pour elle-même et fortement assise sur les données du christianisme. Quant aux partis politiques proprement dits, il ne les met qu'au troisième rang, selon qu'ils peuvent plus ou moins servir la cause de la religion et de la liberté. Ce qui nuit si fort dans notre pays à un établissement social permanent, c'est précisément que les questions de personnes l'emportent sur les questions de principes. Les personnes ne sont quelque chose que par leurs relations avec les principes, tandis que les principes subsistent en eux-mêmes, dans l'éternelle vérité de Dieu. Les hommes meurent, les dynasties s'éteignent, les empires se renouvellent, mais les principes demeurent, immuables. " "Quel que soit le traitement que me réserve ma patrie, je ne m'en plaindrai pas ; j'espérerai en elle jusqu'à mon dernier soupir. Je comprends même ses injustices, je respecte même ses erreurs ; non comme le courtisan qui adore son maître, mais comme l'ami qui sait par quels nœuds le mal s'enchaîne au bien dans le plus profond du coeur de son ami. Ces sentiments sont trop anciens chez moi pour y périr jamais et dussé-je n'en pas recueillir le fruit, ils seront jusqu'à la fin mes hôtes et mes consolateurs. " La bienveillance" La bienveillance du cœur cherche plutôt les mérites que les torts, s'attache aux espérances plutôt qu'aux pressentiments funestes et au lieu d'envenimer les plaies, les panses avec l'huile du bon samaritain. " Le maître d'école"Qu'est ce donc qu'un maître ? Je vous dirai : sortez de toute idée de commandement, de juridiction, de discipline, de pouvoir sous une forme ou sous une autre ; car là n'est point ce qui fait maîtres. Nous le sommes dans une acceptation tout autrement élevée, qui nous protège contre les craintes de l'orgueil, en même temps qu'elle nous avertit de la grandeur et des périls de notre mission. Nous sommes maîtres parce que nous sommes initiateurs ; nous sommes maîtres au sens où le sauveur du monde disait à ses disciples : " ne vous appelez point maîtres ; car c'est moi seul qui le suis pour vous. C'est-à-dire ne faites pas comme les sages qui enseignent la vérité en leur nom et se donnent pour les pères de la doctrine". C'est la pensée qui est le siège de notre pouvoir. Il nous vient des régions qu'habitent la vérité, la beauté, la justice, l'ordre et la grandeur, tout ce qui fait de l'homme un être divin et de l'enfant un être qui a la vocation de devenir un homme [...] l'âme est la patrie de la vraie liberté et la liberté s'y fait par la science et la vertu." |



