Père CaptierEn France, au XIXe siècle, le Père Captier, pédagogue et éducateur apprécié et éclairé par la grâce, a su faire une remarquable synthèse de cette éducation dominicaine propre aux collèges de garçons de la province enseignante. Il a été grandement aidé par son sens de l'organisation, son esprit pratique, un travail acharné et par plus de vingt ans consacrés à l'éducation de la jeunesse à Oullins, à Sorèze et à Arcueil. Il a puisé dans l'héritage pédagogique d'Oullins et dans les traditions éducatives de Sorèze. Enfin, parmi les fils spirituels du Père Lacordaire, le Père Captier fut l'un de ceux qui s'est le mieux imprégné de son esprit, de ses idées pédagogiques et éducatives.
Vie du Père Captier, Frère Louis-Raphaël (1829-1871) De 1848 à 1849, il séjourna à Paris pour compléter ses études littéraires et philosophiques. De santé trop délicate, il ne put rester au séminaire Saint-Sulpice où il avait rejoint son frère. Il revint alors dans son collège où il remplit les fonctions de surveillant et de professeur pour les tout jeunes enfants de l'externat de l'Enfance, annexe lyonnaise du collège. Eugène Captier et trois autres maîtres du collège, les abbés Mermet, Cédoz et Mouton, eurent le désir de se donner à Dieu pour l'éducation de la jeunesse. Sous la conduite du Père Hue, ils s'agrégèrent à la famille dominicaine en qualité de Tertiaire de la Pénitence. Le 10 octobre 1852, ils prirent l'habit du Tiers-Ordre enseignant de Saint-Dominique à Flavigny (Côte-d'Or). Ils formèrent ainsi les premières recrues de cette nouvelle branche dominicaine fondée par le Père Lacordaire, qui pensait que "la parole d'un prédicateur n'est que d'un jour, celle de l'instituteur est de tous les jours et de toutes les heures". A la rentrée scolaire de 1853, après une année de formation, les nouveaux religieux prirent en charge le collège Saint-Thomas-d'Aquin d'Oullins, remis par ses fondateurs au Père Lacordaire. Le Père Captier, frère Louis-Raphaël, fut tour à tour professeur de grec, économe et surveillant de la division des grands. En 1856-1857, à la demande du Père Lacordaire, il séjourna à Sorèze comme maître des novices et censeur du collège. De 1857 à 1863, il assura la charge de Prieur de l'école Saint-Thomas-d'Aquin d'Oullins et prit comme devise priorale : "Omnia possum in eo qui me confortat." Il porta un soin particulier à la discipline, aux études et aux résultats, aux arts, aux sports et à la piété de ses élèves. Le nombre grandissant d'élèves l’amena à construire un bâtiment à usage de classes et de dortoirs, ainsi que la chapelle dont il confia la construction à P. Bossan, l'architecte de Fourvière. En 1863, il fut chargé de fonder l'école Albert-le-Grand à Arcueil (Val-de-Marne). Cette ouverture l’amena à poursuivre le combat pour la liberté de l'enseignement, amorcé le 9 mai 1831 par le Père Lacordaire. A cette occasion, en effet, il dut affronter les ministères de l'Instruction Publique, des Cultes et de l'Intérieur, d'abord pour recevoir le récépissé des pièces déposées à l'Académie pour l'ouverture du collège, puis pour obtenir le certificat de stage du titulaire académique de l'établissement. Enfin, le 16 novembre 1863, le commissaire de police lui notifiait la fermeture de l'établissement et la dissolution de la communauté dominicaine d'Arcueil, congrégation non autorisée. Après avoir protesté, le Père Captier et le titulaire académique, en accord avec leur supérieur, se sécularisèrent. L'école ne fut plus inquiétée et se développa considérablement sous le priorat du Père Captier (1863-1871). Des classes préparatoires aux grandes écoles furent même créées. Le rayonnement du Père Captier dépasse bien vite les murs du collège. Il participe activement à la création de la Société générale d'éducation et d'enseignement qui a, pour mission principale, la conservation de la foi. Pour cela, elle doit servir la science par un grand amour de la vérité et servir la réforme sociale par un enseignement moral et chrétien. Il donna une série de conférences sur l'éducation dans la salle du Cercle catholique du Luxembourg en 1870. Il fut membre de l'Association philotechnique pour la propagation de l'enseignement populaire à Sceaux et participa aux cours pour adultes donnés à Arcueil. Il fut nommé membre de la Commission du ministère de l'Instruction publique chargée de préparer un projet de loi sur la liberté de l'enseignement supérieur. Les propositions du Père Captier méritent encore notre attention. Aux yeux du Père Captier et des amis de la liberté, l'université impériale étant sortie de la tyrannie avait une origine bien suspecte, car la liberté n'avait eu aucune part à son commencement. Instrument de domination, elle n'admettait pas la concurrence. Le Père Captier ne demandait pas sa suppression car il reconnaissait bien volontiers le travail, la science et le dévouement d'un grand nombre d'universitaires. Il souhaitait seulement que le "pays enseignant" se substituât à "l'État enseignant" et préconisait pour l'enseignement supérieur : des cours libres sans garanties d'ordre public et de moralité ; des corporations universitaires libres, à l'instar des fondations universitaires américaines dont les professeurs offriraient les mêmes garanties que ceux des universités d'État, avec la possibilité de conférer les grades ; une université décentralisée sur laquelle, municipalités et départements exerceraient une large influence. Il suggérait même de s'inspirer de ce qui se faisait en Angleterre et en Allemagne pour les grades universitaires. Enfin, là où l’État croit devoir imposer des garanties professionnelles, il le fait au moyen d'examens, autres que les examens universitaires. Pendant la guerre de 1870, le siège de Paris et la Commune, l'école d'Arcueil abrita une ambulance destinée à recueillir les blessés, soldats réguliers ou fédérés. Le 19 mai 1871, les pères, les professeurs et tout le personnel d'Arcueil furent arrêtés par les fédérés de la Commune de Paris et conduits au fort de Bicêtre. Le 25 mai, 38, avenue d'Italie, le Père Captier, quatre religieux, trois maîtres et cinq domestiques furent massacrés par les fédérés du 101e bataillon. Ses dernières paroles furent: "Allons, mes amis, pour le bon Dieu". Les principes éducatifs du Père CaptierCette vie interrompue à quarante-deux ans n'a pas permis au Père Captier de rédiger le traité d'éducation projeté en 1866. Cependant, les discours qu'il a prononcés lors des distributions des prix à Oullins et à Arcueil, les conférences pour la Société générale d'éducation et d'enseignement, sa correspondance, les témoignages de ses anciens élèves et de ses confrères, spécialement, la biographie du Père Reynier, permettent de dégager quelques principes éducatifs chers au Père Captier. Quand le Père Captier écrit ou prend la parole, il se situe plus en "praticien de l'enseignement" qu'en théoricien. Il nous livre les résultats de sa propre expérience, de ce qu'il a rencontré de plus saillant dans l'histoire et la psychologie générales. Avec les fondateurs d'Oullins, il estime qu'en matière d'éducation, ce sont moins les méthodes que les principes généraux qui importent. Si pour être en harmonie avec sa génération, l'éducation change suivant les lieux et les temps, elle doit former l'homme d'après la loi morale qui est immuable. Pour le Père Captier, l'éducation est un art, le plus élevé, le plus grand des arts. L'enfant est en quelque sorte un "marbre vivant" que doit sculpter la tendresse du maître, cet "artiste des âmes". Avec les lettres, les sciences, la parole, l'autorité, la force et la tendresse comme outils, l'éducateur polit le "marbre immortel de l'esprit" pour en faire une sorte de chef-d'œuvre. Ce chef-d'œuvre, cet idéal que veut atteindre le Père Captier, c'est indissociablement: "L'homme privé aux mœurs douces et polies, à l'esprit cultivé et délicat, puis le citoyen soumis aux lois, respectueux et bienveillant pour le pouvoir, ferme et indépendant dans le dévouement au bien public, enfin le chrétien convaincu, l'âme sage, pieuse, avide de vertu intérieure, prête à tous les sacrifices que la foi religieuse pourrait demander. Pour arriver à ce chef-d'œuvre, le Père Captier invite parents et maîtres à former les jeunes à l'usage de la liberté et l'intelligence du bien. Former à l'exercice de la liberté "ne consiste pas à plier sous une aveugle contrainte", ni "à toucher à l'inviolable ressort de la volonté de l'enfant", cela suppose "un accord des volontés qui se plient librement sous une autorité aimée et respectée". Il y a des punitions qui n'empêchent aucun mal et des récompenses qui ne produisent aucun bien". C'est "apprendre à délibérer sa vie", "être exercé à discerner et à choisir entre le bien et le mal, entre un bien plus élevé et un autre bien de moindre valeur. Former à l'intelligence du bien, c'est "mettre les élèves en communication habituelle avec tout ce qu'il y a de beau dans le passé, avec les intelligences supérieures de tous les siècles". C'est aussi "élever l'homme au-dessus de lui-même, le détacher des intérêts égoïstes, lui présenter un idéal qui ravisse son cœur. C'est inspirer le bon sens, la foi, l'espérance et la charité". Cette éducation passe par l'harmonie de la science et de la foi, de la charité et de l'industrie. Pour lui, la science est "belle, grande, féconde, et religieuse en ce qu'elle s'attache à la vérité par laquelle tout remonte à Dieu". "Elle transforme et spiritualise le travail de l'homme. Elle accroît sa puissance de bien faire. Elle lui confère une mission envers ses semblables. Elle accroît le bien-être et l'union de la société", elle n'est pas responsable des désordres que l'on constate. Il faut les imputer aux passions humaines. Cet amour de la vérité le conduit à mettre les raisonnements, la science, et toutes les facultés humaines au service de la vérité et à se consacrer à sa défense. Cette éducation ne se conçoit pas sans l'amour de son temps. En fils spirituel de Lacordaire, le Père Captier admire les qualités de son époque qui voit la puissance de l'homme sur les choses, sur la nature par l'industrie, la science, l'échange, l'association. Pour lui, le "spiritualisme" ne consiste pas à vivre hors des choses matérielles mais à les dominer par la raison et par la volonté. Il discerne aussi un autre élément de progrès dans son siècle quand les hommes sont mesurés suivant leurs capacités, leurs aptitudes et que la carrière est ouverte à tous. Mais pour le Père Captier, le matérialisme, l’égoïsme le "sensualisme" marquent aussi son époque. Alors en homme de foi, de conciliation, de progrès, en esprit libéral, le Père Captier rappelle souvent que l'éducation doit servir la réforme sociale, qu'elle est le remède aux maux présents. Dès 1868, il entrevoit ce qui sera l'un des fondements de la troisième République: "L'instruction populaire deviendra une nécessité de premier ordre dans cette société démocratique [...] bientôt le peuple ne donnera les noms d'amis et de bienfaiteurs qu'aux hommes qui lui paieront le tribut de l'enseignement; bientôt, je l'espère, nous verrons l'aumône de l'intelligence entrer dans nos mœurs et y prendre la place d'honneur avant l'aumône matérielle". Il fixe donc comme objectif à la nouvelle génération de "préparer les temps nouveaux", de "se dévouer à la société pour en améliorer les conditions", de "faire le bien que nous n'avons fait qu'entrevoir". Dans une lettre du 20 mars 1871 donnant ses réactions sur les débuts de la Commune de Paris, le Père Captier redit que "la génération nouvelle doit s'attaquer à la dépravation sociale par l'union de l'industrie et de la charité, comme sa génération a essayé de vaincre le voltairianisme par l'union, de la science et de la foi". Enfin, quand le Père Captier aborde les questions d'organisation, il rappelle qu'il faut une grande force dans l'affirmation des principes et une grande tolérance dans l'application car "on n'organise rien sans la bonté, on n'organise rien sans le cœur, on n'organise rien sans la patience, on n'organise rien sans le pardon, on n'organise rien sans l'amour de la paix". Le Père Captier porte un grand intérêt aux maîtres chargés de prodiguer cette éducation. Les religieux dominicains constituent le noyau autour duquel s'organise l'établissement. Réunis "par la piété, le savoir, le goût des vertus monastiques, des aptitudes et des goûts professionnels", "consacrés à Dieu, à la science et à la jeunesse", ils assurent la permanence, la continuité du dévouement. Ils garantissent "la stabilité des traditions", "l'unité des âmes pour l'œuvre commune". La pratique de la vie religieuse les complète, les éclaire et les fortifie les uns les autres. Outre les religieux, le corps professoral des collèges du Tiers-Ordre enseignant de Saint-Dominique se compose de prêtres séculiers et de laïcs, ce qui les différencie de la plupart des établissements religieux de cette époque. Le petit nombre de dominicains-enseignants n'explique pas tout. Dès l'origine, le Père Lacordaire a souhaité s'assurer le concours d'ecclésiastiques et de laïcs, lettrés, savants et artistes. Pour lui, "la jeunesse élevée par des mains si diverses et pourtant unies aurait un caractère de largeur, de force et de modération par lequel elle serait admirablement bien préparée aux devoirs de la vie publique". Il ne s'agit pas d'une simple collaboration à gages, mais bien de quelque chose de prévu, d'organisé, de coordonné à l'ensemble. Souvent logés dans l'école, ecclésiastiques et laïcs y vivent de la vie commune. Ayant accepté les règles de la maison, ils prennent part à la vie intellectuelle, aux conseils et aux conférences philosophiques, pédagogiques, littéraires de l'école. Ces conférences aident à corriger l'absence d'écoles normales pour l'enseignement libre. Pour le Père Captier, "un homme qui veut diriger des enfants doit avoir la science, le dévouement, l'activité, mais porter en lui une vraie et pure tendresse pour eux". Au mot d"'élève", il préfère celui d"'ami". Cette tendresse passe par la bienveillance, "clef merveilleuse qui ouvre tous les cœurs". "Elle aide d'abord à connaître l'enfant. Nul en effet ne découvre la vertu secrète d'une âme, s'il n'a su auparavant la supposer. Chaque âme a un trésor enfoui que rarement le hasard suffit à mettre à jour ; pour découvrir ce trésor, il faut creuser en elle avec un effort persévérant, et cet effort n'est possible qu'à ceux qui savent deviner et espérer par bienveillance […]. Vouloir corriger celui dont on ignore ou méconnaît les vertus est une entreprise déraisonnable et sans fruit". Cette action des maîtres n'empêche pas le Père Captier de rappeler souvent la responsabilité inaliénable de la famille, "véritable institutrice établie par Dieu". Les éducateurs, certes, y participent, mais ils ne la diminuent pas. Aussi, l'union parents, maîtres et élèves par le respect est-elle essentielle. Si elle se révèle impossible, le Père Captier n'hésite pas à rendre l'enfant à ses parents. L'école est la continuation de la famille. Aussi doit-elle "avoir un intérieur doux, gracieux et égayé ; un intérieur où la loi du travail et de l'obéissance est adoucie par les plus douces affections, par les fêtes les plus épanouies", pour tout dire l'esprit de famille. Les œuvres du Père CaptierS'en tenir aux seuls discours, aux seuls principes du Père Captier serait très incomplet. N'a-t-il pas souvent dit : "notre arme à nous, c'est le travail", "nos arguments préférés, ce sont les faits et les œuvres", "notre ambition n'est pas de bien parler, mais de bien agir". Comment a-t-il concrétisé ses principes dans les établissements dont il fut le prieur ? D'abord, le Père Captier se dégage de toute occupation superflue pour donner aux enfants tout le temps que ne réclame pas le strict accomplissement de ses devoirs religieux. "Dès le matin, après la messe, sa porte était ouverte à tous et il interrompait au premier appel son travail ou sa correspondance, fermant le livre et déposant la plume pour accueillir le visiteur, quel qu'il fût, grand ou petit. Non seulement, il attend et reçoit ceux qui se présentent, mais il va franchement au-devant de ceux qu'effarouchent un peu ses dehors sévères". Il garde de nombreux contacts avec ses anciens élèves en les accueillant les dimanches à la table des maîtres. Causeries intimes et entretien général auxquels se joignent les grands élèves, se succèdent. On traite de littérature, de philosophie, de politique et de religion. Avec ceux que la distance tient éloignés du collège, le Père Captier entretient une abondante correspondance où il n'est étranger à aucune de leurs joies, ni de leurs peines. "Dans un moment où ses occupations étaient doublées par l'absence de provincial dont il faisait l'intérim, il ne recula pas devant un voyage de deux cents lieues, partagées par un séjour de quelques heures, pour assister un de ses enfants dans une crise dangereuse et l'aider à sanctifier sa mort ou son retour à la vie". Pour resserrer les liens et la solidarité commune, le Père Captier fonde l'association amicale des anciens élèves. Avec les familles, le Père Captier établit des relations suivies soit par des entretiens réguliers, soit par des lettres nombreuses. Il les tient ainsi au courant des moindres détails de la vie de leur enfant. Par cet échange de renseignements, il les associe pleinement à cette action commune. Il fait intervenir les parents fréquemment, "moins pour soulager son propre fardeau" que pour leur faire exercer leur responsabilité inaliénable. Quatre éléments de la vie d'un collège chrétien retiennent l'attention du Père Captier : les études, la discipline, les récréations et la piété. Pour les études, à l'instar du Père Lacordaire, il se rapproche des usages universitaires quant aux programmes et à l'organisation du travail, le baccalauréat devenant la consécration presque obligée des études classiques. Comme moyens d'émulation et comme récompenses morales, le Père Captier utilise le tableau d'honneur et le certificat d'excellence. Le tableau d'honneur est le premier degré des distinctions indispensable pour aspirer à toutes les faveurs ou situations privilégiées dans l'école. L'inscription au tableau d'honneur est mensuelle. "Elle ne résulte pas comme ailleurs du chiffre toujours un peu brutal d'une note, mais d'une véritable enquête sur le travail, la conduite et plus encore les progrès moraux de chaque élève". Cette enquête a lieu dans une réunion hebdomadaire de tous les maîtres où chacun, après le professeur de la classe, est appelé à faire ses remarques et à donner son avis sur l'élève". Ce conseil des maîtres, véritable opinion publique qu'il faut se rendre favorable, ne peut être trompé aussi facilement qu'un maître isolé. Il nécessite d'être laborieux, docile, loyal partout et toujours. Ces appréciations communes font la lumière pour tous, équilibrant la bonne et la mauvaise chance, les triomphes trop faciles ou les insuccès immérités. "Au-dessus du tableau d'honneur, le certificat d'excellence, accordé aux élèves les plus méritants de toutes les classes, est une marque de confiance ambitionnée non seulement pour sa valeur intrinsèque, mais pour les privilèges qu'elle confère pendant un mois à son heureux possesseur, la faculté de passer une partie des récréations dans le parc en dehors de la surveillance officielle et l'exemption des punitions ordinaires jusqu'à ce qu'on ait démérité". Le résultat des délibérations est promulgué le dimanche devant la communauté assemblée dans la salle des fêtes de l'école. C'est la dominicale où le Père Captier distribue éloges et blâmes, encouragements et corrections et met ses élèves au courant des événements de la maison qui les intéressent. Si le Père Captier porte un soin attentif au développement intellectuel de ses élèves, il ne néglige pas pour autant leur développement physique. Aussi favorise-t-il les exercices de gymnastique, les manœuvres militaires et les jeux. A cet effet, portiques et agrès sont installés dans l'école. L'indispensable appui de bonnes études, la discipline, constitue le deuxième élément du collège auquel s'intéresse le Père Captier. La constitution d'un nouveau personnel, le changement périodique du supérieur, le remplacement imprévu et toujours possible d'un religieux par un autre, le nombre grandissant d'élèves nécessitent la rédaction d'un règlement très précis, très clair et suffisamment détaillé. Le travail du Père Captier sert de base au règlement général des écoles du Tiers-Ordre. Pour le Père Captier, la publication d'une règle ouvertement promulguée et appliquée dégage le prieur et les maîtres de tout soupçon d'arbitraire, de partialité. Il recommande "d'éviter avec un grand soin de punir trop sévèrement ab irato", de choisir "avec prudence et discrètement des punitions qui ne pourront jamais nuire à la santé des élèves, ni exiger d'eux un effort de volonté trop difficile", "d'incliner à l'indulgence toutes les fois que les élèves montreront de la docilité et du repentir", de se proposer une marche plutôt ferme et douce que sévère". Les notes de discipline portant sur la conduite, le caractère, le travail et l'observation du règlement doivent être données avec assez d'indulgence pour ne pas décourager ces élèves que la légèreté seule rend pénibles. A côté de la règle inflexible, de la monotonie de la vie de collège, est mise en place "une série d'institutions où les jeunes gens se meuvent avec quelque liberté, des associations et conférences de charité, des sociétés littéraires, des titres, charges et dignité qui sont conférés moins par nous que par le suffrage des condisciples" . Non seulement, cet esprit de corps aide le jeune homme à l'apprentissage de la vie publique, mais encore, il lui ménage une transition entre le collège et le monde extérieur après ses études. Deux de ces institutions chères au Père Lacordaire sont empruntées à Sorèze : l'Athénée et l'Institut. L’Institut est une division privilégiée de douze élèves choisis dans les classes de philosophie et de rhétorique par le Prieur en son conseil. Les membres de l'Institut ont une salle d'études à part, prennent leurs repas dans un réfectoire séparé, en compagnie de l'un de leurs maîtres qui s'assied à leur table. Pendant les récréations, ils ont la jouissance du parc de l'école "sous la garde de la conscience de chacun et l'autorité du doyen", c'est-à-dire le plus méritant au jugement de ses maîtres et de ses condisciples. En retour de ces privilèges et de ces adoucissements à la vie commune, les membres de l'Institut s'engagent à "promouvoir, selon leurs forces, le bon ordre et l'honneur de l'Ecole". Si les études et la discipline font la valeur d'une maison d'éducation, le Père Captier voit dans les récréations un moyen privilégié d'entretenir un bon esprit. Outre les récréations proprement dites, les promenades réglées, des jours de congé extraordinaires et des distractions imprévues, le Père Captier instaure des soirées. Les élèves les plus méritants et ceux désignés par les distinctions de l'école se retrouvent au parloir avec leurs maîtres. Enfin la fête patronale de Saint-Thomas-d'Aquin, le 18 juillet, est une véritable fête de famille où se mêlent élèves d'hier et d'aujourd'hui. Après la messe célébrée à l'intention des morts et des vivants de la communauté scolaire, se succèdent des jeux, des exercices littéraires et artistiques. Un banquet sous les frondaisons du parc se termine par des toasts. Le Père Captier honore toujours les anciens maîtres, ses prédécesseurs, les célébrités commençantes de l'école. Il traite aussi de la patrie et de la religion. La sollicitude du Père Captier se porte aussi sur la piété de ses élèves. Il se réserve toujours le soin de diriger l'enseignement religieux de sa maison et de le contrôler par lui-même. Il aime s'entretenir fréquemment avec ses enfants "des choses de Dieu, soit dans de courtes méditations faites dans les salles d'études, après la prière du matin, soit à la Chapelle, les jours de fête, ou pendant l'avent et le carême. Il s'applique à donner un aliment solide à la raison et à la foi de ses jeunes auditeurs, de former des consciences droites et éclairées, de créer des habitudes de vertu et d'enraciner fortement les pratiques puisées dans le solide terrain du devoir". Le Père Captier veille aussi à exercer de bonne heure ses élèves à la pratique personnelle de la charité. Les conférences Saint-Vincent-de-Paul au sein du collège mettent ces enfants privilégiés en contact avec le prochain, aux prises avec le dénuement, la faim, la maladie et les désolations morales. C'est un excellent moyen de les aider à lutter contre l'égoïsme et de les préserver d'une vie molle et sans but. Ainsi, vers le milieu du jour, on voit sortir de l'école des groupes d'enfants ou de jeunes gens qui se dispersent, sous la conduite de leurs maîtres, dans les divers quartiers du pays. Les plus âgés visitent les quartiers démunis. Les plus jeunes se rendent soit à l'orphelinat Saint-Vincent-de-Paul où ils partagent et animent les jeux des petits orphelins, soit visitent les écoles populaires de la ville pour se rendre compte des secours qu'ils peuvent offrir. Au collège même, des assemblées d'écoliers étudient ces misères et décident des aides à apporter. Des distributions quotidiennes de repas pour une vingtaine de ménages sont présidées par les plus hauts dignitaires de l'école. Aux termes de cette rapide étude sur la vie, les principes et les œuvres du Père Captier, on perçoit bien l'originalité, la richesse et l'actualité de cette pédagogie propres aux collèges dominicains de la province enseignante.
Ph. BLANC |




La vie du Père Captier, ses grands principes éducatifs contenus dans ses discours de distribution des prix, dans ses conférences et sa pratique d'éducateur illustrent bien les apports de l'esprit de Saint-Dominique à l'éducation des jeunes.