Père Didon

Le père Henri Didon et la devise des Jeux Olympiques

Avec son ami Pierre de Coubertin, le Père Henri Didon a contribué à la promotion de l’éducation sportive en France à la fin du XIXe siècle et aussi à l’essor de la tolérance «idéal de demain». Prieur et Directeur de l’Ecole Dominicaine Albert le Grand (Arcueil), il crée en 1891 une association athlétique dans son établissement où l’on trouve une équipe de rugby. Il lui donne pour devise ces trois mots « Citus-Altius-Fortius » (plus vite – plus haut – plus fort) que Pierre de Coubertin a repris comme devise des Jeux Olympiques.

Père DidonSeul parmi les établissements catholiques de l’époque, il adhère à l’Union des Sports Athlétiques, dont le secrétaire est Pierre de Coubertin et le Président Jules Simon. Il permet par là à ses élèves de rencontrer ceux des lycées d’Etat sur les stades, symbole et commencement de la fraternité future.

En 1896, le Père Didon conduit la XXIe caravane scolaire d’Arcueil en Grèce, associant ainsi quelques uns de ses élèves aux grandes solennités des Jeux Olympiques d’Athènes qui commencèrent trois jours après le Vendredi Saint. Cette année-là, la Pâque orthodoxe et la Pâque catholique ont lieu en même temps. Le jour de Pâques à Athènes, le Père Didon proclame sa foi en Jésus ressuscité devant le métropolite et plus de 4000 personnes en l’Eglise Saint Denys l’Aéropagite.

En 1897, le Père Didon participe au Congrès International du Havre organisé par Pierre de Coubertin et traite de «l’action morale des exercices physiques sur l’enfant, sur l’adolescent et de l’influence de l’effort sur la formation du caractère et le développement de la personnalité».
Son action aux côtés de Pierre de Coubertin pour promouvoir le sport et au-delà de la fraternité «entre les peuples», illustre bien l’apport positif du Père Didon à la construction politique et sociale du dernier quart du XIXe siècle.

Henri Didon naît le 17 mars 1840 au Touvet (Isère). De 1849 à 1856, il fait ses études au petit séminaire du Rondeau, près de Grenoble.
II entre chez les Dominicains le 10 octobre 1856 au noviciat de Flavigny (Côte d'Or). II poursuit sa formation à Chalais, Toulouse, Saint-Maximin et Rome (couvent la Minerve). II est ordonné prêtre en décembre 1862 à Aix-en-Provence.

Entre 1865 et 1880, il se consacre totalement à la prédication, aux conférences (Avent, Carême) et retraites dans de nombreuses villes, couvents et collèges.

En 1877, il est élu Prieur du Couvent Saint-Jacques à Paris. En 1879, il est reçu en audience privée par le Pape Léon XIII. Apôtre très engagé, libéral impénitent, il désire réconcilier la société de son temps avec l'Eglise et est favorable à une République attachée aux principes chrétiens. En avance de plus de dix ans sur le ralliement préconisé par Léon XIII, sa prédication suscite beaucoup de bruits, y compris dans la presse. Le maître général des Dominicains l'assigne au couvent de Corbara en Corse pour un temps de silence, de prière et d'étude d'avril 1880 à octobre 1881.

II se rend dans les principales universités allemandes pour étudier la science exégétique la plus savante qui soit à cette époque. Son ouvrage "Les Allemands" rend compte de ses réflexions sur l'enseignement tel qu'il l'a vu fonctionner en Allemagne. Il établit une comparaison entre le système français et le système allemand. Il esquisse sa propre réforme de l'enseignement en France par la création d'un collège universel de France. Cet ouvrage suscite une vive polémique touchant beaucoup plus à sa personne qu'à ses idées. Ses séjours en Terre Sainte visent à mettre ses pas dans ceux du Christ.
Son livre "Jésus-Christ" à peine achevé, le Père DIDON est élu Prieur du collège Dominicain Albert-le-Grand d'Arcueil. Il dirige ce collège de 1890 à 1900 et en fait un véritable complexe scolaire passant de 230 à 700 élèves comportant :

à Arcueil

  • un internat secondaire (Albert le Grand)
  • une école préparatoire aux grandes écoles (Laplace 1892)

à Paris (Passy)

  • un externat secondaire (Saint-Dominique 1896)
  • une école préparatoire aux grandes Ecoles (Lacordaire 1890)

Ses discours d'Arcueil reflètent ses idées - force en éducation et se situent pleinement dans l'esprit éducatif cher au Père Lacordaire, au Père Captier et aux dominicains enseignants.

II s'estime éducateur du XXe siècle et non du XIXe siècle. Il souhaite former des hommes modernes qui sachent «lire l'heure sur le cadran du monde». Il les encourage à entrer dans des carrières pratiques (agriculture scientifique, industrie, commerce, banque, administration) et aussi à participer à l'expansion coloniale française en Afrique comme explorateurs, missionnaires, colons.
"En avant" et "Esto Vir" reviennent très souvent dans ses propos. Pour le Père DIDON, il s'agit de former un être intelligent et libre faisant honneur à la foi et à l'humanité. Pour développer la personnalité, l'initiative, l'énergie physique et morale et la responsabilité chez ses élèves, il les accoutume à l'effort, les endurcit à la lutte dans une atmosphère de liberté, de confiance et d'amitié réciproques.

Cette culture de l'initiative passe par des associations charitables (Conférence Saint-Vincent-de-Paul), sociétés littéraires et sportives, des cercles, athénées, instituts.

En 1899, il est appelé à déposer sur ses méthodes d'enseignement devant la Commission Ribot. La même année, il se rend en Angleterre pour juger de l'éducation anglo-saxonne, en fonction de la place faite au sport.

Le Père Didon fréquente des personnages tels qu' Alexandre Dumas, Caude Bernard, il est l'ami de Gustave Eiffel, de Louis Pasteur, de Caroline Commanville, nièce de Flaubert, de Pierre de Coubertin.

II meurt subitement à Toulouse le 13 mars 1900 en se rendant à Rome, porteur d'un message de Waldeck-Rousseau pour Léon XIII. Le Père DIDON fut un précurseur, un pionnier dans de nombreuses directions qui appelèrent la contradiction. II est l'une des grandes figures de l'éducation dominicaine. Un siècle après, ses idées et ses réalisations peuvent nourrir notre réflexion et notre action.

Quelques citations du Père DIDON

"Quand on veut sauter trois mètres, il faut en viser cinq : dans la vie, ce ne sont pas tant les jarrets qui vous trahissent, que le manque d'ambition qui vous actionne insuffisamment".

"A la victoire souvent, à la lutte toujours".

"Les grandes luttes ne sont pas celles du dehors, mais du dedans".

"Trahir, je n'ai pas ce mot dans mon dictionnaire, si ce n'est au passif peut-être".

"Apprendre à vos fils leur métier d'homme, le seul métier nécessaire, parce que tous les autres sans celui-ci ne servent à rien. Celui qui est un homme relève les plus modestes situations, mais l'autre, celui qui ne sait pas son métier d'homme rabaisse les plus hautes".

"Qu'est-ce donc qu'un homme ? C'est un être intelligent et libre".

"Nous ne nous défions pas des élèves, nous leur donnons d'abord notre confiance comme étant des êtres libres".

"Un peu de bleu dans le ciel est utile à qui veut aller loin".

"Je ne puis rien sur le passé, parce que le passé, c'est la tombe, mais je puis tout sur l'avenir parce que l'avenir, c'est le sillon ouvert où l'on jette la graine qui remplit la main du semeur, c'est le champ inculte que l'on va rendre fécond à force d'intelligence, de volonté et de vertu".

"Le plus fort sera celui qui voudra le plus".

"N'est vaincu que celui qui s'avoue vaincu".

"Si tout élève peut devenir bachelier tout élève ne devient pas un homme".

"Nul ne sait commander, s'il ne sait obéir".

"La crainte fait des esclaves, la confiance fait des êtres libres".

"La liberté, c'est le pouvoir de faire ce qui est bien".

"Enivrer la jeunesse d'idéal et de Dieu".

"La vérité, la beauté, la justice sont les grands continents du monde céleste où toute jeunesse doit planter sa tente".

"Je ne suis pas avec Pierre qui demeure, je suis avec Paul qui marche".

"Malgré la diversité des croyances, malgré l'opposition des doctrines et des opinions, en dépit de la variété des caractères, vous sentirez entre vous un lien commun, la tolérance, la tolérance vraie qui est faite non pas d'indifférence et de dédain, mais de bienveillance, de respect et de charité, vous souvenant que dans vos adversaires et jusque chez vos ennemis, quelque chose de sacré, de divin peut se cacher, la sincérité et la droiture"

 

Ph. Blanc